Revue de chirurgie orthopédique
1993 ; 79 111-113.

© Masson Paris 1993

MÉMOIRES

Évolution clinique et bactériologique des plaies traitées par le miel Analyse d'une série de 40 cas.

Clinical and bacteriologic result of wounds treated with honey. An analysis of 40 patients.

G.  Ndayisaba (1) L.  Bazira (1) E.  Habonimana (1) D.  Muteganya (2)

(1)Département de Chirurgie
(2)Département de Gynécologie-Obstétrique CHU Kamenge BP 1020 Bujumbura

   SUMMARY

Since a long time honey bas been used in wounds and skin ulcer treatment. Nowadays it's healing properties are again being discovered. Its good application on wounds and infected burns gives satisfactory results.

This work is a study done on 40 patients with wounds of various origin. Honey has healed 88 per cent of the cases. Some germs have been found on the wound at the end of the cicatrization but have not blocked the healing process.

This simple efficient cheap and with no side effects treatment deserves being better known and integrated in the set of common antiseptics.

   RÉSUMÉ

Le miel est d'utilisation ancienne dans le traitement des plaies et des ulcères cutanés. Actuellement on redécouvre ses propriétés cicatrisantes. Sa bonne application dans les plaies et les brûlures infectées permet une évolution favorable.

Le présent travail est une étude réalisée chez 40 patients présentant des plaies d'origine diverse. Le miel a obtenu la cicatrisation dans 88 p. 100 des cas. Quelques germes ont été retrouvés sur la plaie en fin de cicatrisation mais n'ont pas empêché celle-ci de progresser. Ce traitement simple efficace peu onéreux et sans effets secondaires mérite d'être mieux connu et intégré dans la panoplie des antiseptiques à usage courant.


   INTRODUCTION

Le traitement des plaies par le miel est utilisé depuis longtemps à travers le monde. Le miel agit en réduisant l'hyperhémie et en stimulant le tissu de granulation. Il possède une action bactéricide déjà démontrée [Droguet [3]. Tous les germes périssent à son contact hormis certaines levures qui peuvent résister à son action. A travers les soins locaux à base de miel effectués sur les plaies de toute nature l'efficacité de ce produit a été testée.

   MATÉRIEL ET MÉTHODES

Les patients

L'étude a porté sur 40 malades suivis sur une période de 12 mois présentant des plaies d'étiologies diverses : chirurgicale accidentelle infectieuse et trophique et des brûlures essentiellement du deuxième degré superficiel et profond. L'étendue l'aspect et la profondeur ont été appréciés dès le début du traitement et consignés dans le dossier. Une fois par semaine une appréciation détaillée de tous les éléments a été faite.

Le mode d'application

Le miel est versé de façon homogène sur la plaie préalablement nettoyée au sérum physiologique. Ensuite la plaie est recouverte de compresses sèches stériles. Le pansement est refait toutes les 24 heures.

L'étude bactériologique

Les prélèvements ont été réalisés en début de traitement avec deux écouvillons l'un destiné à l'analyse directe et le deuxième à la culture. L'examen bactériologique a été simplement qualitatif. Le miel utilisé a été soumis à l'examen microbiologique qui a confirmé sa stérilité.

   RÉSULTATS

Résultats cliniques

La surface moyenne des plaies traitées était de 57 CM2 avec des extrêmes de 11 cm2 et 275 cm2. Le siège des lésions était essentiellement le membre inférieur. L'aspect des plaies était variable : les 2/ 3 étaient rouges avec enduits blanchâtres et le tiers restant était purulent. La moitié des patients avait déjà bénéficié d'un autre antiseptique local qui avait échoué notamment le tulle gras. L'évolution suivie quotidiennement au moment des soins et appréciée objectivement par la mesure de la plaie tous les 8 jours a montré que la vitesse maximale de cicatrisation était acquise après deux semaines et la guérison en 5 à 6 semaines en moyenne. La durée moyenne de l'hospitalisation a été de 38 jours. La cicatrisation des brûlures a été obtenue plus rapidement que celles des plaies infectéees après 14 et 46 jours respectivement. L'utilisation du miel sur des échecs préalables a entraîné une évolution favorable. La quantité de miel utilisé pour obtenir la cicatrisation n'a pas dépassé 500 grammes.

Le miel ne dispense pas des gestes locaux pour hâter la cicatrisation par contre il permet de circonscrire et de nettoyer rapidement la lésion pour autoriser l'excision et la greffe. Ainsi 7 patients ont bénéficié d'une excision de tissus nécrotiques et trois autres d'une greffe.

Sans geste complémentaire 33 patients ont suivi le protocole jusqu'au bout Vingt-neuf succès ont été enregistrés avec une cicatrisation de bonne qualité 4 échecs sont au passif de ce traitement; les deux premiers étaient liés à l'état général précaire des patients présentant une immunodépression le troisième échec concernait une brulûre qui est restée stationnaire après une bonne réponse en début de traitement le dernier cas était dû à l'arrêt précoce du traitement à cause des réactions secondaires à types de brûlure que la patiente n'a pas pu supporter.

Résultats microbiologiques

Les prélèvements bactériologiques effectués avant le traitement ont montré la prédominance des Staphylococcus aureus suivis d'scherichia coli et de Pseudomonas. Le nombre de prélèvements positifs a diminué au fur et à mesure de l'évolution. Quelques germes pathogènes ont été retrouvés sur les plaies en fin de cicatrisation (tableau 1).

   DISCUSSION

La détersion d'une plaie est indispensable pour éliminer les tissus nécrosés et les sécrétions ([Geissmann [5] Vilain [9]. Selon Herszage [6] l'action antiseptique du sucre est d'origine physique par une activité hydrique définissant une pression osmotique trop basse pour maintenir la croissance des germes. Cette activité entraîne un afflux local de macrophages qui favoriserait le nettoyage des plaies. L'augmentation secondaire des fibroblastes producteurs de collagène aboutirait ensuite à une cicatrisation de bonne qualité.

Outre cette activité osmotique commune à tous les sucres le miel a une activité bactéricide démontrée in vitro et in vivo [Droguet [3] dont le principe actif est l'inhibine identifié par White [10] en 1962 comme étant de l'eau oxygénée H202 produite sous l'action d'une enzyme sécrétée par l'abeille : la glucose oxydase du miel. La quantité de H202 produite serait proportionnelle à l'inhibition du staphylocoque doré. La deuxième substance antibactérienne a été identifiée par Lavie [7]. Cette substance serait extractible du miel par l'éther à froid. La même substance peut être extraite du nectar de fleurs. Le pouvoir cicatrisant du miel tient à la fois à ses propriétés osmotiques et antimicrobiennes. Ces propriétés expliquent les indications larges d'utilisation du miel par plusieurs auteurs quels que soient l'aspect et le stade évolutif. Krunitz et Zaiss traitaient les plaies au miel avec succès sans désinfection préalable [in [6]. Il se produisait des exsudats abondants qui éliminaient le pus et détergeaient la plaie pour permettre le bourgeonnement et l'épithéliasation.

Notre étude a traité les plaies de toute nature même celles qui avaient résisté aux topiques locaux habituels. Les mêmes phénomènes ont été observés. Sur une perte de substance importante le traitement au miel permet une greffe précoce sur une base propre et nette.

La présence de germes en fin de cicatrisation est diversement appréciée : Cavanagh [2] a obtenu une asepsie bactériologique en quelques jours Blesh [1] Engjalbert [4] et nous-mêmes ont obtenu la cicatrisation avec 1 ou 2 micro-organismes présents sur la plaie. Notre analyse bactériologique était purement qualitative et ne pouvait préjuger de la virulence des germes.

La cicatrisation est souvent obtenue après un délai de 2 à 5 semaines (la greffe pouvant compléter le traitement d'atteinte d'une surface étendue) à un prix moindre. Les réactions secondaires sont presque nulles à part quelques sensations de brûlures en début de traitement et rapportées par Herszage [6] et Viau [8].

   CONCLUSION

Cette étude souligne sans ambiguïté l'intérêt du mniel dans le traitement des plaies quel que soit leur stade évolutif.

Ce produit mérite tout à fait sa place dans la panoplie des topiques locaux. Son usage est simple peu coûteux et peu se réaliser en ambulatoire.